Aïn-EL-Turck La Plage

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A nos lointaines origines

CHRONIQUES D'AÏN-EL-TURCK


A nos lointaines origines


Dans notre lointain village, les européens étaient, dans la majorité, issus de la zone méditerranéenne. Parmi eux, de nombreux Levantins, gens du sud de l'Espagne. Régions de Murcia, d'Alicante, d'Almeria, là où la misère était la plus grande et la distance par bateau, pour parvenir à Oran, la plus courte. Pour ma famille, tout comme de nombreux Aïn-El-Turckois, Bou-Sfériens, El-Ançoriens, etc., la région d'origine de nos ancêtres se situe à San Miguel de Salinas, comme à Torrevieja, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Alicante, dans la région appelée "Levante", soit l'Est de la péninsule, à l'extrême sud de la Catalogne.

Pour ceux que cela peut intéresser, je vais situer cette région dans l'histoire. J'ai eu le privilège de la visiter à plusieurs reprises. Des recherches que j'ai pu effectuer sur Internet ou dans mes lectures, il en ressort quelques curiosités dans l'Histoire, celle avec un grand "H" bien sûr.

Tout d'abord accolé à ce petit village, il existe un lac salé fournissant un excellent sel qui a fait sa richesse.

Vers 429 av JC, En Espagne, au sud d'Alicante, Nisdomia, un village romain est fondé sur l'emplacement actuel de San Miguel de Salinas.

En 218 avant JC, Hannibal, le Carthaginois, en guerre (1) contre les Romains occupant l'Espagne, débarque à Carthagène et conquiert l'Espagne en les chassant. Son armée (2) se dirige alors vers Rome. Son itinéraire passe ainsi sur l'emplacement actuel de San Miguel de Salinas. Par la suite, il franchit les Pyrénées. PUIS il doit traverser le Rhône sur des radeaux, au sud de la Drôme. Le campement d'Hannibal est situé vers l'emplacement actuel de Crest dans la Drôme. De là, s'échappent quelques pintades ou "poules de Carthagène" prévues pour l'alimentation des troupes en campagne. Après s'y être adaptées et multipliées, elles sont, aujourd'hui, toujours présentes. À ce jour, elles bénéficient même du label d'Appellation d'Origine, sous le nom de "Pintadeaux de la Drôme". ("Pintade" est dérivé du portugais et de l'occitan "Pintadeau", peinte, en raison de son plumage gris-bleu moucheté de blanc.)

Vers 1599, San Miguel entreprend son peuplement et la construction de ses premières maisons.

En 1678, la peste frappe à nouveau Oran. Pour éviter la quarantaine, un navire avec son équipage relâche à Malaga. Il omet de le signaler et transmet rapidement ce fléau à toute la ville.

En 1689, San Miguel construit sa première église.

1719 verra la construction de l'église actuelle sur l'emplacement de l'ancienne. Une niche au dessus du portique d'entrée abrite le Saint Patron, une statuette de l'Archange Saint Michel terrassant le dragon.

Le 21 mars 1829, un violent séisme détruit San Miguel, ruinant la cité. Ceci peut expliquer pourquoi en 1848 sa reconstruction n'a pas encore repris. En effet, en Espagne, la rubrique officielle, citant San Miguel de Salinas, établit ainsi le recensement du village : 22 cabanes en Roseaux et bois, 77 grottes, 8 rues, 2 places, une Mairie et 2 écoles pour 225 familles et 994 âmes. Visiblement les habitations en matériaux traditionnels n'ont pas encore été rebâties.

En 1856, des mouvements insurrectionnels sont rudement réprimés en Catalogne et dans les pays de Murcia et d'Alicante. Ils font suite à 5 années de sécheresse et entraînent un premier mouvement d'émigration vers l'Algérie, celui des "braceros", manœuvres et journaliers.

À partir de 1870, de grandes compagnies alfatières entreprennent l'exploitation de l'alfa sur les Hauts Plateaux des territoires du Sud. Coutumiers de cette récolte, cinq à six mille Espagnols originaires des régions d'Almeria et de Murcia affluent

Enfin, une bonne nouvelle pour nous tous, en 1889, la Loi du 26 juin, puis celle du 22 juillet 1893 vont permettre la naturalisation française de tous les enfants d'Espagnols et autres immigrés nés en Algérie. On les différenciera en les appelant les "Néos", diminutif de "Néo-Français".

1 - Seconde guerre punique
2 - 32 000 fantassins - 800 cavaliers et une cinquantaine d'éléphants

René Aniorté, en décembre 2011



San Miguel de Salinas


De nombreux Aïn-El-Turkois et Bou-SFériens sont originaires de cette commune .

La famille vivait à San Miguel de Salinas, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Alicante. Pour tout logement, elle possédait une grotte, "una cueva", située Calle del Aire, N° 5 ou "Rue de l'Air", du bon air, sans doute! Une autre dénomination la situe dans le "Barrio dei Levante" (1). Cela ne change rien lorsqu'on sait de quoi est capable le vent d'Est dans cette région. En ce lieu, accroché à sa colline de tuf calcaire, cet habitat était des plus courants. Suivant le niveau de ressources des familles, ces cavités étaient plus ou moins aménagées, plus ou moins pourvues d'une entrée maçonnée ou d'une avancée habitable.

Situé à 7 km à vol d'oiseau de la mer et de Torrevieja, San Miguel vivait la tête au soleil et les pieds dans les marais salants situés tout en contrebas du village. Placée sous la protection de St Michel, cette cité troglodyte s'était installée dans la misère. Misère des pauvres, misère des gens qui pourtant sauvegardaient jalousement leur dignité et leur honneur.

Bons chrétiens, mauvais pratiquants, fiers de leur appartenance à la chose espagnole, consciencieux et honnêtes dans leur travail, respectueux de la parole donnée, profondément attachés à leur terre, ils prenaient leur mal en patience.

Ils vivaient, sans doute, imprégnés d'une philosophie de vie influencée par les huit siècles d'occupation maure. Dans leur simplicité, leur ignorance et leur foi, ils plaçaient leur espérance en des lendemains enchanteurs. Pour le reste, Saint Michel y suppléait et les aidait à subvenir !

Ainsi, passaient les jours, en occupations diverses, dont surtout, le travail des champs. Le plus souvent, les terres appartenaient à d'autres : de riches propriétaires "los terratenientes" (2) ou des rebuts de la noblesse, des "Iatifundos". Ils pratiquaient aussi un élevage de survie avec leurs quelques maigres troupeaux de chèvres, sur des pâturages secs de février à novembre. La maçonnerie les occupait aussi, parfois.

Polyvalents, jusqu'au bout des ongles, rien ne pouvait les arrêter. Cependant, la récolte du sel restait une source importante de revenus (3). Tous ces petits travaux saisonniers permettaient à cette population de "dépossédés", comme on les appelait, de survivre. Notre Grand-père fut de ceux qui espérèrent jusqu'au bout, puis comprirent que l'espoir se situait ailleurs !


Grottes de San-Miguel en 2009 (Photo René Aniorté)


1 - Quartier du Levant ou de l'Est
2 - Traduction: "Les possesseurs de terre"  
3 - Le sel était une denrée précieuse. Fruit du travail des hommes et de la nature réunis, il ne fallait pas le déprécier, ni le faire tomber sans le recueillir, "sous peine de se voir condamner à revenir sur terre, après sa mort, pour le ramasser avec ses yeux" et Dieu sait combien cela est douloureux !

René Aniorté


Mis à jour le 23/06/2016
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