Aïn-EL-Turck La Plage

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Le marchand de "bellotas"

CHRONIQUES D'AÏN-EL-TURCK


Le marchand de "bellotas"



Jamaïma souffrait de ptosis : il était pas facile d'apercevoir ses yeux en raison de ses paupières tombantes. Il arrivait le dimanche matin de Bou-Sfer avec son âne chargé de sacs de glands de chêne, ramassés dans la forêt de M'Sila. Nous nous appelions les glands, des "bellotas", le terme en espagnol. Nous ne connaissions pas, à l'époque, son équivalent en français. Les porcs en raffolaient, et nous, nous raffolions de porcs grassouillets et goûteux . Les glands donnaient à leur chair cette saveur inimitable que l'on ne retrouve nulle part ailleurs qu'en Arménie et en Espagne (les fameux patas négras). Les porcs y sont, en effet, élevés en troupeau, et en liberté, comme nos chèvres ou nos vaches ardéchoises ou dauphinoises.

Par principe, Grand-père entamait les négociations , plutôt le marchandage , pour arrêter le prix du produit. Papa et ses frères, Tonton Jaime - tout ce petit monde uni comme des larrons en foire - participaient, tout en plaisantant. C'était un spectacle improvisé qui valait tous les théâtres de rue. Nous, les enfants, observions, cherchant désespérément à découvrir les yeux de Jamaïma. Comment pouvait-il voir, lui dont le handicap l'obligeait à renverser la tête en arrière pour nous regarder ? Mystère !

Jamaïma acceptait de jouer le jeu et, malin, il devenait tour à tour malheureux, larmoyant, pitoyable. il plaidait sa cause, la pénibilité de son travail, l'éloignement, le déplacement, etc. C'était du Molière africain ! Finalement cela se terminait devant une anisette et par le règlement de la marchandise au prix qu'il avait annoncé dès le départ.

Avec son âne, il repartait alors vers Bou-Sfer, heureux d'avoir fait une bonne affaire, et nous, d'avoir vécu un grand moment de distraction dominicale. La télévision n'existait pas encore, il faut le savoir !

René Aniorté

Mis à jour le 25/05/2017
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